De quelle planète viennent les Shadoks ?
Le phénomène Shadock
Disons que les
Shadoks sont des volatiles ronds hissés sur de longues pattes. Un genre d'oiseau sur une branche inconnue de la classe de vertébrés tétrapodes et caractérisée par la bipédie, des ailes trop petites pour voler et un bec avec dents.
Le terme Shadok provient de la série télévisée française d’animation créée par Jacques Rouxel
et diffusée à partir d’avril 1968 avec la voix off du comédien Claude Piéplu.
Ce sont plus de 200 épisodes de deux minutes trente et quatre saisons ( trois de 1968 à 1973, et une dernière en janvier 2000).
Chaque épisode décrit les aventures de deux groupes de créatures antagonistes : les Shadoks et les Gibis, qui décident d’aller sur Terre car leur planète respective n’est plus vivable : l’une change de forme et l’autre est plate et sans équilibre dans le cosmos ... !
Contrairement aux Gibis, qui sont courts sur pattes, très gentils et astucieux avec leur chapon melon, les Shadoks sont doués d'une certaine intelligence de génie pour construire des machines absurdes qui ne fonctionnent pas. Cela explique leur frénésie pompassière.

Car
« Il faut pomper pour vivre et donc vivre pour pomper » et
« Il vaut mieux pomper, même s’il ne se passe rien, que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas... ».
La logique Shadok étant aussi absurde qu’implacable, elle réussit à diviser en deux la France à la fin des années 60.
De la pompologie (je pompe donc je suis) à la polémique.
A la veille de la révolution de mai 68, en seulement une semaine de diffusion, la polémique sur le feuilleton divise la France en deux camps de téléspectateurs : les pro-shadoks et les anti-shadoks.
Des lettres d’injures demandaient l’arrêt de la série dénonçant un dessin animé pourrissant le cerveau de leurs enfants et même celui des adultes, et une trop grande liberté de ton. D’autres, au contrairement, trouvaient l’animation originale par sa folie humoristique et bien meilleure que Shakespeare.
Bref du pur génie, mais comme le dit si bien Paul Klee, 'le génie, c'est l'erreur du système'.
Donc en réponse aux courriers qui inondent l’ORTF, en 1969, la chaine de télévision met en place l’émission quotidienne animée par Jean Yanne , ‘Les Français écrivent aux Shadoks’.
En conclusion, les Shadoks n’ont vraiment pompé qu’entre avril 1968 et 1974.
Le Big-Blin : ‘du ciel à la terre, de la terre au ciel’ !
Avant d’être céramiste, Jacques Blin
avait entamé une carrière dans l’aéronautique chez Matra Aviation. C’est à l’âge de 29 ans, en 1949, qu’il décida d’abandonner les avions pour mettre les mains dans la terre. C’est le grand saut, le virage du ciel à la terre !
Si l’œuvre iconographique de Jacques traite du bestiaire, elle place au sommet de la pyramide, l’oiseau qui y règne en maitre. C’est un oiseau sacré comme Horus le faucon ou Zeus en cygne, un vautour, un ibis …
Dans sa genèse, l’animal fleurte avec le végétal (oiseau à corps de lotus).

En apprenti sorcier, Jacques ouvre les portes de l’imprévisible avec un être hydride, un ‘Blin-Blin’ à l’allure de Shadok.
Compte-à-rebours de l’envol de la terre au ciel :
- Dès 1955, les lampes oiseaux
de Jacques Blin sont présentes au Salon des Ateliers d’Art à Paris
- Entre 1958 et 1960
apparait le graphisme du Shadok
dans l’œuvre de Blin.
- Même période pour les machines volantes gravés sur les céramiques.
- Même période pour les machines volantes gravés sur les céramiques.
- Dans les années
1975, le dessin se transforme,
les sculptures aéronefs prennent forme.
Objectif Lune !
Les années 50 ont annoncé le début de la conquête de l’espace : le premier satellite Spouknik-1 est lancé par les soviétiques en 1957, suivi de Explorer-1 par les américains en 1958 …
Même Tintin a marché le premier sur la Lune en 1954 alors qu’Armstrong ne fît le premier pas sur l’orbite qu’en 1969. Et la plus courageuse fut la chienne Laika projetée dans le cosmos en 1957, suivi d'un petit singe parachuté dans la fusée Jupiter en 1958 !
En pleine apogée de la Guerre Froide, dans cette course frénétique des pays de l’Est et l’Ouest, l’ex-dessinateur de prototypes d’avion de chasse s’est aussi lancé dans l’aventure spatiale. Jacques Blin a répondu à l’appel du ciel en gravant sur les céramiques des aéronefs et des charriots intersidéraux.
Ses machines fantaisistes flottent et même roulent même ! Ce sont des véhicules tout terrain aux formes de bateau à voiles avec des roues motrices. La version luxe est équipée de ballon gonflable et de moyens de communications plus ou moins sophistiqués allant fourchette à l’antenne satellite.
Science-fiction : de Jules Verne à Paul Klee
Les objets volants renvoient à l’hélice (1863) de Gustave de Ponton d'Amécourt
et à l’imaginaire de Jules Vernes
avec l’Albatros (1886) ou L’Epouvante (1984).
La fiction des Shadoks remontent peut-être à la Machine à Gazoullis (1922) de
Paul Klee.





La chute
Je pourrais continuer encore longtemps, mais la terre tourne et il va bien falloir conclure.
Au fait, c’était quoi déjà la question déjà ?....

Texte © Christine Lavenu juillet 2022
Sources :
https://www.youtube.com/watch?v=tMdsPD1adP4